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.Puis, tous trois, s'entreculbutant aux trousses dupauvre Gringoire, se mirent � lui chanter leur chanson:Caritatem! chantait l'aveugle.La buona mancia! chantait le cul-de-jatte.Et le boiteux relevait la phrase musicale en r�p�tant: Un pedaso de pan!VI.LA CRUCHE CASSEE 46 Notre Dame de ParisGringoire se boucha les oreilles.- � tour de Babel! s'�cria-t-il.Il se mit � courir.L'aveugle courut.Le boiteux courut.Le cul-de-jatte courut.Et puis, � mesure qu'il s'enfon�ait dans la rue, culs-de-jatte, aveugles, boiteux, pullulaient autour de lui, etdes manchots, et des borgnes, et des l�preux avec leurs plaies, qui sortant des maisons, qui des petites ruesadjacentes, qui des soupiraux des caves, hurlant, beuglant, glapissant, tous clopin-clopant, cahin-caha, seruant vers la lumi�re, et vautr�s dans la fange comme des limaces apr�s la pluie.Gringoire, toujours suivi par ses trois pers�cuteurs, et ne sachant trop ce que cela allait devenir, marchaiteffar� au milieu des autres, tournant les boiteux, enjambant les culs-de-jatte, les pieds emp�tr�s dans cettefourmili�re d'�clop�s, comme ce capitaine anglais qui s'enlisa dans un troupeau de crabes.L'id�e lui vint d'essayer de retourner sur ses pas.Mais il �tait trop tard.Toute cette l�gion s'�tait referm�ederri�re lui, et ses trois mendiants le tenaient.Il continua donc, pouss� � la fois par ce flot irr�sistible, par lapeur et par un vertige qui lui faisait de tout cela une sorte de r�ve horrible.Enfin, il atteignit l'extr�mit� de la rue.Elle d�bouchait sur une place immense, o� mille lumi�res �parsesvacillaient dans le brouillard confus de la nuit.Gringoire s'y jeta, esp�rant �chapper par la vitesse de sesjambes aux trois spectres infirmes qui s'�taient cramponn�s � lui.Ond� vas, hombre! cria le perclus jetant l� ses b�quilles, et courant apr�s lui avec les deux meilleuresjambes qui eussent jamais trac� un pas g�om�trique sur le pav� de Paris.Cependant le cul-de-jatte, debout sur ses pieds, coiffait Gringoire de sa lourde jatte ferr�e, et l'aveugle leregardait en face avec des yeux flamboyants.O� suis-je? dit le po�te terrifi�.Dans la Cour des Miracles, r�pondit un quatri�me spectre qui les avait accost�s.Sur mon �me, reprit Gringoire, je vois bien les aveugles qui regardent et les boiteux qui courent; mais o�est le Sauveur?Ils r�pondirent par un �clat de rire sinistre.Le pauvre po�te jeta les yeux autour de lui.Il �tait en effet dans cette redoutable Cour des Miracles, o� jamaishonn�te homme n'avait p�n�tr� � pareille heure; cercle magique o� les officiers du Ch�telet et les sergents dela pr�v�t� qui s'y aventuraient disparaissaient en miettes; cit� des voleurs, hideuse verrue � la face de Paris;�gout d'o� s'�chappait chaque matin, et o� revenait croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicit� etde vagabondage toujours d�bord� dans les rues des capitales; ruche monstrueuse o� rentraient le soir avecleur butin tous les frelons de l'ordre social; h�pital menteur o� le boh�mien, le moine d�froqu�, l'�colierperdu, les vauriens de toutes les nations, espagnols, italiens, allemands, de toutes les religions, juifs,chr�tiens, mahom�tans, idol�tres, couverts de plaies fard�es, mendiants le jour, se transfiguraient la nuit enbrigands; immense vestiaire, en un mot, o� s'habillaient et se d�shabillaient � cette �poque tous les acteurs decette com�die �ternelle que le vol, la prostitution et le meurtre jouent sur le pav� de Paris.C'�tait une vaste place, irr�guli�re et mal pav�e, comme toutes les places de Paris alors.Des feux, autourdesquels fourmillaient des groupes �tranges, y brillaient �� et l�.Tout cela allait, venait, criait.On entendaitdes rires aigus, des vagissements d'enfants, des voix de femmes.Les mains, les t�tes de cette foule, noires surle fond lumineux, y d�coupaient mille gestes bizarres.Par moments, sur le sol, o� tremblait la clart� des feux,VI.LA CRUCHE CASSEE 47 Notre Dame de Parism�l�e � de grandes ombres ind�finies, on pouvait voir passer un chien qui ressemblait � un homme, unhomme qui ressemblait � un chien.Les limites des races et des esp�ces semblaient s'effacer dans cette cit�comme dans un pand�monium.Hommes, femmes, b�tes, �ge, sexe, sant�, maladie, tout semblait �tre encommun parmi ce peuple; tout allait ensemble, m�l�, confondu, superpos�; chacun y participait de tout.Le rayonnement chancelant et pauvre des feux permettait � Gringoire de distinguer, � travers son trouble, tout� l'entour de l'immense place, un hideux encadrement de vieilles maisons dont les fa�ades vermoulues,ratatin�es, rabougries, perc�es chacune d'une ou deux lucarnes �clair�es, lui semblaient dans l'ombred'�normes t�tes de vieilles femmes, rang�es en cercle, monstrueuses et rechign�es, qui regardaient le sabbaten clignant des yeux.C'�tait comme un nouveau monde, inconnu, inou�, difforme, reptile, fourmillant, fantastique.Gringoire, de plus en plus effar�, pris par les trois mendiants comme par trois tenailles, assourdi d'une fouled'autres visages qui moutonnaient et aboyaient autour de lui, le malencontreux Gringoire t�chait de rallier sapr�sence d'esprit pour se rappeler si l'on �tait � un samedi.Mais ses efforts �taient vains; le fil de sa m�moireet de sa pens�e �tait rompu; et doutant de tout, flottant de ce qu'il voyait � ce qu'il sentait, il se prisait cetteinsoluble question: Si je suis, cela est-il? si cela est, suis-je?En ce moment, un cri distinct s'�leva dans la cohue bourdonnante qui l'enveloppait: Menons-le au roi!menons-le au roi!Sainte Vierge! murmura Gringoire, le roi d'ici, ce doit �tre un bouc.Au roi! au roi! r�p�t�rent toutes les voix.On l'entra�na.Ce fut � qui mettrait la griffe sur lui.Mais les trois mendiants ne l�chaient pas prise, etl'arrachaient aux autres en hurlant: Il est � nous!Le pourpoint d�j� malade du po�te rendit le dernier soupir dans cette lutte.En traversant l'horrible place, son vertige se dissipa.Au bout de quelques pas, le sentiment de la r�alit� lui�tait revenu.Il commen�ait � se faire � l'atmosph�re du lieu.Dans le premier moment, de sa t�te de po�te, oupeut-�tre, tout simplement et tout prosa�quement, de son estomac vide, il s'�tait �lev� une fum�e, une vapeurpour ainsi dire, qui, se r�pandant entre les objets et lui, ne les lui avait laiss� entrevoir que dans la brumeincoh�rente du cauchemar, dans ces t�n�bres des r�ves qui font trembler tous les contours, grimacer toutes lesformes, s'agglom�rer les objets en groupes d�mesur�s, dilatant les choses en chim�res et les hommes enfant�mes.Peu � peu � cette hallucination succ�da un regard moins �gar� et moins grossissant.Le r�el sefaisait jour autour de lui, lui heurtait les yeux, lui heurtait les pieds, et d�molissait pi�ce � pi�ce toutel'effroyable po�sie dont il s'�tait cru d'abord entour� [ Pobierz całość w formacie PDF ]
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